Afrique

Projet de recherche

L’islam dans la politique sécuritaire de la France en Afrique de l’Ouest: identifier, contrôler et surveiller les lettrés musulmans (1906–1962)


Mon projet explore les contours de la politique de surveillance coloniale des lettrés musulmans en Afrique Occidentale Française (AOF). Pour mener à bien cette réflexion, je m’intéresse à la trajectoire du bureau des Affaires musulmanes, mis en place au sein du gouvernement général de l’AOF en 1906. En fait, ce bureau était chargé d’élaborer une politique musulmane pour prévenir les menaces d’ordres islamiques et pour circonscrire les influences des lettrés les plus influents. Dès sa création, il initia une technique de fichage de tous les leaders musulmans. Cela pour identifier les éléments les plus influents en vue de prendre des mesures restrictives à l’encontre de ceux jugés dangereux pour l’État colonial français. En outre, ce contrôle devait contribuer à saper l’autorité religieuse et culturelle des courants maraboutiques et à couper le cadre de l’islam ouest-africain aux autres foyers de la Ummah, principalement des pays arabo-musulmans et de l’empire ottoman.

La politique de fichage reflète la volonté du régime colonial de contrôler et de surveiller le milieu musulman.

Mon hypothèse consiste à dire que l’enjeu de la politique de fichage résidait dans la volonté de la France de quadriller et d’organiser l’espace sous sa domination en s’informant dans les moindres détails sur les trajectoires des personnalités musulmanes soumis à son administration en Afrique de l’Ouest. Si l’on sait que les fiches faisaient office de »carnet de police« fournissant à l’autorité administrative coloniale une base de connaissance des sociétés musulmanes en général, des lettrés musulmans en particulier. Et, très souvent, c’est sur la base des renseignements collectés dans ces formulaires que le gouvernement colonial prononçait des sanctions contre les lettrés musulmans »suspects«.