Histoire moderne

Projet de recherche

Configurations des genres à la cour à l’époque moderne, 1580–1650

Regine Maritz

Doctorante

rmaritz@dhi-paris.fr


Ce travail de thèse a pour objet d’analyser les ordres genrés dans la société de cour entre 1580 et 1650 et de les relier à l’évolution de la cour entendue comme institution politique. Je procède à trois niveaux différents, mais intimement entremêlés: je m’intéresse premièrement à l’aspect genré de l’espace de la cour et, deuxièmement, aux constructions de genre et de pouvoir dans les relations conjugales, extraconjugales et parents-enfants. J’étudie, troisièmement, les aspects sexuellement codifiés de la représentation de la famille ducale. Le travail s’articule autour d’une étude de cas centrale, la cour princière de Stuttgart sous les ducs Frédéric Ier de Wurtemberg (1557–1608) et son fils Jean-Frédéric de Wurtemberg (1582–1628).

La cour de Stuttgart de cette époque représente une base féconde pour l’analyse des relations conjugales, extraconjugales et parents-enfants.

La cour de Stuttgart de cette époque représente une base féconde pour ce travail de recherche, car Frédéric Ier est un prince qui a cherché à centraliser le pouvoir autour de sa personne et à s’affranchir des états provinciaux. Il a étendu sa tentative d’institutionnalisation d’un nouveau mode d’exercice du pouvoir à sa vie familiale: à l’encontre des préceptes luthériens, Frédéric a entretenu un grand nombre de relations sexuelles extraconjugales, ce qui lui a valu des récriminations fréquentes de sa femme Sibylle d’Anhalt (1564–1614).

De plus, son décès n’a pas mis un terme aux répercussions politiques de ses affaires, puisque l’une des premières mesures de Jean-Frédéric une fois arrivé au pouvoir a été d’incarcérer un grand nombre des maîtresses et entremetteuses de son père. La plupart ont été rapidement relâchées, mais pour l’une d’entre elles a débuté une détention de six années, dont elle sortira uniquement après avoir pu, dans des conditions extraordinaires, exposer son cas devant la Chambre impériale à Spire. Ces événements ont généré de multiples sources, correspondance comme documents judiciaires, qui permettent de localiser des concepts genrés au sein de cette structure familiale complexe, enjeu d’une lutte acharnée, et de les relier avec les structures étatiques locales en formation.