Quelles reconfigurations des masculinités engendrent les mutilations et, plus largement, les défaillances du corps masculin ? C’est cette question que souhaitent aborder les journées d’étude qui se tiendront les 28 et 29 janvier 2027 à l’Institut historique allemand de Paris. En centrant le propos sur l’Occident latin et ses marges, on étudiera les continuités et les ruptures mais aussi la circulation des modèles de masculinité entre l’Antiquité tardive et la fin du Moyen Âge.
L’historiographie a mis en avant l’importance donnée au corps dans les pratiques et les discours produits par la société médiévale sur la masculinité. De nombreuses attentes pèsent ainsi sur les corps, par exemple chez les laïcs (force physique, sexualité active, pilosité). De ces critères physiques découlent un ensemble de représentations qui conditionnent les rôles et comportements socialement genrés attribués aux hommes. Pourtant, les corps masculins sont vulnérables face aux accidents. Les séquelles causées par la guerre, la maladie ou le handicap peuvent altérer les capacités physiques d’un individu, tandis que la vieillesse naturelle peut les diminuer. Certaines vexations corporelles peuvent être infligées de manière volontaire à la suite d’une décision judiciaire, résulter d’un acte criminel ou être la conséquence de conflits violents. Enfin, d’autres amputations volontaires peuvent être le résultat d’un acte médical, ou, plus rarement, d’une mutilation que l’individu s’inflige à lui-même. Autant de réflexions qui ont été amplement renouvelées ces dernières années par les disability studies.
Ces atteintes portées aux corps masculins produisent des recompositions entre des modèles de masculinités dominants et d’autres formes de masculinités. Dans certains cas, le corps diminué ou mutilé peut contribuer à remettre en question la masculinité, voire, volontairement, à la dégrader publiquement. Pour autant, les conséquences de ces dégradations physiques ne doivent pas toujours être pensées comme négatives. Elles peuvent aussi être vues par les acteurs comme un évènement souhaitable, à l’instar des castrations volontaires de certains ecclésiastiques qui cherchent à se libérer des affres du corps.
Afin de percevoir l’articulation entre les corps et les masculinités, on convoquera dans la mesure du possible un vaste corpus de sources, textuelles, archéologiques ou iconographiques. L’arc chronologique envisagé va de l’Antiquité tardive, à partir du moment où le christianisme est majoritaire et change la conception des corps, jusqu’à la fin du Moyen Âge, qui est une période de renforcement de la polarité des genres et de plus forte condamnation des déviances et des différences. Les communications pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des trois axes suivants, qui ne sont pas restrictifs.
Un premier axe s’intéressera au genre et aux soins du corps : en effet, le corps blessé ou défaillant doit faire l’objet de soins spécifiques. La défaillance du corps masculin suppose une adaptation de la personne et de son entourage et ces dispositions prises constituent autant d’arrangements genrés qu’il serait intéressant de mettre en évidence, en les articulant à une histoire des corps et du genre.
Un deuxième axe s’intéressera au lien entre corps affligés et légitimité à exercer le pouvoir. On s’interrogera sur la manière dont les atteintes corporelles ou le handicap, en portant préjudice à la masculinité, pouvaient contribuer à fragiliser l’autorité politique des princes. Les attaques sur les marqueurs de la masculinité se révèlent ainsi être de véritables armes dans le cas de conflits politiques. On verra enfin comment les discours sur les corps sont autant le reflet des pratiques sociales et politiques que des outils discursifs destinés à légitimer ou remettre en question l’autorité des grands.
Enfin, un troisième axe interrogera les différentes masculinités – qui correspondent souvent, à la période médiévale, aux différents groupes sociaux – et les attentes qu’elles font peser sur les corps. On peut d’abord se poser la question pour les laïcs. Chez les élites, la masculinité s’exprime en grande partie par les exploits guerriers. Mais qu’en est-il des inermes qui ne portent pas les armes et dont le corps peut être abîmé par le travail ? Quant aux membres du clergé, ils doivent conserver une forme de pureté corporelle opposée à une masculinité laïque qui passe par une sexualité reproductive. Les xie-xiie siècles furent l’occasion pour l’Église de pousser un nouveau modèle de masculinité cléricale.
Modalités de contribution
Les propositions de communication d’une page maximum, devront comporter un titre provisoire et être accompagnées d’une courte biographie. Elles devront être envoyées par mail, avant le 1er juillet 2026, à l’ensemble des membres du comité d’organisation par les trois adresses suivantes : jaudebrand@dhi-paris.fr ; margot.laprade@univ-paris1.fr ; valentine.ferreira@sorbonne-universite.fr.
Les communications, d’une durée de 25 minutes pourront être présentées en français, en anglais ou en allemand. Une publication est envisagée.
Comité d’organisation
Justine Audebrand (IHA)
Valentine Ferreira (Centre Roland Mousnier – Sorbonne Université)
Margot Laprade (LaMOP – Université de Caen-Normandie)
» Appel à communications (pdf)
