Afrique

Axe de recherche 1

Identité, identification et bureaucratisation en Afrique subsaharienne (XIXe–XXIe siècle). Pouvoirs, matérialité, subjectivation

Directrice du groupe:
Séverine Awenengo Dalberto (CNRS/IMAF)

Membres:
Johara Berriane (Berlin/Rabat)
Amadou Dramé (UCAD)
Kelma Manatouma (Paris Ouest)
Bintou Mbaye Dieng (UCAD).

Le projet de recherche sous la direction de Séverine Awenengo Dalberto fait partie du programme de recherche transnational autour de »La bureaucratisation des sociétés africaines«.


Ce programme pluridisciplinaire entend analyser les dispositifs matériels et bureaucratiques de l’identification en Afrique subsaharienne contemporaine, en s’intéressant également à leurs usages et aux pratiques qu’ils ont générés. Il s’agit de comprendre la façon dont ces dispositifs ont à la fois répondu à des projets de contrôle, d’inclusion et d’exclusion des individus, mais aussi accompagné l’émergence de nouvelles subjectivités. Le programme ne se limite pas au seul champ de l’État et des identités officielles. Il considère la pluralité des institutions et acteurs de l’enregistrement des identités et/ou de la production de documents d’identité, que ces identités soient nationales, citoyennes, confessionnelles, ou encore qu’elles portent sur des statuts sociaux. Par-delà une analyse de la mise en fiches et en cartes des individus comme technologies de pouvoir, les recherches visent à éclairer les temps et les pratiques, plus ou moins ordinaires, de l’inscription des sociétés africaines dans la cité bureaucratique et graphique et les modalités de la diffusion de ses imaginaires et esthétiques. Dans le cadre de ce programme contemporanéiste, on considère comme point de départ le moment d’extension de la gouvernementalité écrite en Afrique subsaharienne avec le développement des empires européens au XIXe siècle, tout en restant attentif à la diversité et à l’historicité des cultures écrites et bureaucratiques en plusieurs espaces du continent, ainsi qu’aux dispositifs non écrits de l’identification.

Ce programme investit ainsi un domaine émergeant de l’historiographie de l’Afrique subsaharienne, en invitant au dialogue scientifique et comparatiste avec les spécialistes des autres aires culturelles dont les recherches ont, depuis une quinzaine d’années, largement participé au renouvellement des problématiques de l’identification. Deux axes complémentaires orientent une réflexion générale qui se situe au centre d’une analyse des relations entre les pouvoirs et les individus dans les sociétés africaines des XIXe-XXIe siècles.

L’ambition du programme est d’éclairer les relations entre identification, bureaucratisation, construction de l’État et formation de la citoyenneté.

Histoire des dispositifs de l’identification des personnes

L’historiographie africaniste a montré comment, jusqu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les empires coloniaux s’étaient longtemps arrangés de l’invisibilité massive de leurs sujets, développant une »politique indigène« chargée du gouvernement de collectifs et de communautés. Pour autant, les archives coloniales montrent, dès le milieu du XIXe siècle, l’existence de plusieurs dispositifs identificatoires non pas seulement catégoriels mais aussi individualisés, avec la mise en place de documents qui attestent d’identités individuelles. En s’intéressant à ces techniques et documents, aux temps, processus et limites de leur généralisation et centralisation, ce programme cherche précisément à réévaluer et périodiser l’opposition communauté/individu, sujet/citoyen, paradigme majeur des études sur la gouvernementalité coloniale. Cet axe se prolonge jusqu’aux temps les plus contemporains, pour interroger la transmission des dispositifs coloniaux aux États indépendants, étudier de manière empirique les continuités et les ruptures dans ce passage de la citoyenneté impériale à la citoyenneté nationale, et saisir les enjeux plus immédiats de la diffusion des techniques biométriques.  

Sociologie historique du monde des papiers et de la bureaucratisation des sociétés

Le programme est ensuite attentif à la diversité des documents identificatoires, et des institutions –privées, associatives, religieuses, par exemple – qui les génèrent. Cette diversité interroge la mise en concurrence des États comme prescripteurs uniques des identités opératoires et invite à réfléchir à l’articulation des inscriptions officielles de l’identité avec d’autres régimes d’attestation de l’identité, notamment testimoniaux et sociaux. Elle questionne également la diffusion des imaginaires et/ou des pratiques bureaucratiques d’identification dans les sociétés africaines au dehors de la seule sphère de l’État, qui permet peut-être d’évaluer la relation développée avec la norme, l’ordre et le formel. Cet axe du programme s’ouvre en dernier lieu à des analyses portant sur les usages sociaux et politiques des documents d’identité, et sur les pratiques qu’en ont les individus, notamment pour éclairer la complexité des rapports que les individus, selon les contextes historiques et les lieux, les niveaux d’alphabétisation, les statuts sociaux ou économiques, le genre, ont noué et nouent à ces documents, dispositifs et institutions. Il s’agit en effet de s’autoriser à examiner les liens entre matérialité, écriture et subjectivité et les processus d’individualisation qu’ils engagent et dont ils témoignent.

Chercheurs associés:
Ibrahima Thioub, université Cheikh Anta Dio de Dakar
Alfred Inis Ndiaye, université Cheikh Anta Dio de Dakar

Interlocuteur à l’IHA:
Thomas Maissen

Activités autour du projet de recherche