Afrique

Projet de recherche

La cité bureaucratique post-conflit en Côte d’Ivoire. Analyse de la bureaucratisation par le haut et par le bas de la société ivoirienne sous l’effet des politiques de »Désarmement, Démobilisation et Réinsertion« des combattants


Au sein du groupe de recherche IHA-CREPOS, mon projet porte sur »La cité bureaucratique post-conflit en Côte d’Ivoire. Analyse de la bureaucratisation par le haut et par le bas de la société ivoirienne sous l’effet des politiques de ›Désarmement, Démobilisation et Réinsertion‹ des combattants«. Le projet de thèse est dirigé par Richard Banégas.

Cette étude se fixe pour objectif d’aider à mieux comprendre la signification politique et sociale des modalités très diverses de bureaucratisation de la société ivoirienne dans le cadre des politiques de DDR.

Alors que l’analyse des conflits cherche le plus souvent à déterminer les causes d’un conflit d’un point de vue historique notamment, l’analyse post-conflit apparaît plutôt comme une démarche évaluative et d’appréciation normative. L’analyse post-conflit se concentre sur des critères et des facteurs macroéconomiques, c’est-à-dire la position et les perspectives du processus de paix, la situation sécuritaire ainsi que le contexte actuel de l’état économique, social du pays sans prendre en compte l’historicité de la société qu’elle se propose d’analyser.

De l’Afghanistan à Haïti, de la Namibie au Mali ou au Soudan, depuis la fin de la Guerre Froide, les sorties de conflits armés se sont accompagnées de dizaines de programmes de DDR (Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion des combattants). Dans de nombreux cas, les programmes de DDR font partie intégrante d’opérations ambitieuses de maintien de la paix. Il s’agit non seulement de contribuer à la consolidation de la paix, mais également à l’instauration de l’État de droit ou à la formation et à la mise en place de structures démocratiques comme conditions préalables à une paix durable. Au cours des vingt dernières années, le DDR est ainsi passé d’un ensemble soigneusement séquencé d’activités menées dans le sillage des accords de paix négociés à un ensemble élargi de mesures institutionnelles, économiques et sociales qui peuvent inclure la négociation (voire la mise en œuvre) des termes de la paix elle-même.

Après plus d’une décennie de crises politico-militaires, la Côte d’ivoire est entrée dans une logique de post-conflit à grands renforts d’accords de sortie de crise et de tentatives de médiation. Dans ce contexte, différents programmes de DDR des ex-combattants ont été mis en place dès 2003. De nombreux arguments sont utilisés pour justifier l’utilisation du label »post-conflit« pour le cas de la Côte d’Ivoire, notamment le retour à la croissance, entre 2012 et 2015 qui était de 8,5% par an en moyenne (Banque Mondiale), le développement spectaculaire des infrastructures et le retour des investissements directs étrangers. Mais au-delà des indicateurs économiques positifs qui masquent l’accroissement des inégalités, les évènements récents qui ont touché la Côte d’Ivoire – que ça soit la mutinerie d’officiers en Janvier 2017 ou la grève des fonctionnaires (plus de deux semaines de grève depuis le 9 janvier 2017 incluant militaires, étudiants, fonctionnaires, pompiers) témoignent d’une instabilité sociale et politique persistante qui soulève des questions majeures sur l’évolution et le devenir des sociétés en sortie de conflit.

L’étude se propose ainsi d’analyser comment les programmes de DDR, qui résultent d’une production avant tout administrative et bureaucratique, ont influencé la société ivoirienne dans ce que je qualifie de double processus de bureaucratisation à la fois par le »haut« ‒ en créant une machinerie bureaucratique ainsi que des parcours professionnels et stratégies de carrière politico-administratives que l’on peut qualifier d’atypiques - et par le »bas«, en produisant des logiques d’auto-identification et d’organisation rationnelle légale dans les groupes d’ex-combattants. La Côte d’Ivoire post-conflit se transforme-t-elle sur le mode de la »cité bureaucratique« au sens de Jean-François Bayart, c’est-à-dire un lieu où les pratiques bureaucratiques (organisation hiérarchique, règles de fonctionnement, statuts...) se développent que ce soit dans le secteur formel, le secteur informel ou dans les imaginaires des sociétés ? Dans la continuité des travaux de Béatrice Hibou sur la bureaucratisation néolibérale, »nous cherchons ainsi à analyser la bureaucratisation sous le prisme de la domination et de l’instrumentalisation mais également sous le prisme de l’obéissance et de l’adhésion«.

Cette étude se fixe pour objectif d’aider à mieux comprendre la signification politique et sociale des modalités très diverses de bureaucratisation de la société ivoirienne dans le cadre des politiques de DDR.

Image: Siège des dozos de Korhogo, Photographie de Kamina Diallo