Moyen Âge

Projet de recherche

Les réseaux épiscopaux dans la province ecclésiastique de Reims (1050–1150)


Parce qu’ils exercent à la fois un pouvoir religieux et politique, les évêques jouent un rôle central dans le Moyen Âge classique. Ils ont ainsi une influence décisive dans l’élaboration de la réforme de l’Église imposée entre autres par les papes au sein de leurs diocèses entre 1050 et 1150. Cependant, même s’il est possible de dégager une position propre à chaque évêque (et probablement sans grande consistance), articulée autour de différentes idées de réforme et de leurs marges de manœuvre respectives, ceux-ci ont rarement agi seuls. L’exemple de la province ecclésiastique de Reims montre en particulier l’existence de réseaux personnels constitués de prélats aux intérêts similaires. La coopération, »l’action concertée«, les contacts existants avec d’autres réformes actives de même que le recours à un réseau relationnel élargi, font partie intégrante de l’arsenal de réforme du pouvoir épiscopal.

 

La coopération, »l’action concertée«, les contacts existants avec d’autres réformes actives de même que le recours à un réseau relationnel élargi, font partie intégrante de l’arsenal de réforme du pouvoir épiscopal.

Rapidement, ce mode relationnel à plusieurs étages va trouver son interprétation au sein d’une cohorte de prélats à travers des cercles, des réseaux, voire des liens d’amitié. Alors que la région et l’époque fourmillent à première vue de »Grégoriens« exemplaires, il est cependant nécessaire de pousser les analyses afin d’établir ce qui caractérise les interactions habituelles entre évêques, et plus particulièrement leur coopération, mais également ce qui définit la communauté d’intérêts liée à un contexte donné, de même que le groupement constitué autour d’objectifs communs. Et ce d’autant plus que le Personenverband, la domination personnelle, constitue la principale forme »d’organisation« au Moyen Âge.

Le projet actuel de thèse s’appuie sur les méthodes d’analyse des réseaux en histoire afin de recenser, de décrire et d’analyser les relations des évêques non seulement entre eux, mais également vis-à-vis d’autres acteurs tels que les papes, les abbés, les rois ou les comtes. Les sources utilisées pour ce travail sont principalement constituées de chartes et de lettres provenant d’évêques, de papes et de souverains. Parce qu’elles mentionnent l’auteur respectivement disposant, les destinataires, l’objet du contrat, les possibles intervenants ainsi que les listes complètes de souscripteurs, les chartes livrent des informations sur des contacts susceptibles d’alimenter une base de données. Les données ainsi récoltées peuvent ensuite être visualisées et analysées à l’aide d’une représentation graphique des réseaux. Afin d’évaluer la qualité de ces relations, il est nécessaire de les comparer avec d’autres sources. Le projet doit également s’intéresser aux questions de la collecte et de publication sous format numérique des sources diplomatiques de même qu’aux préalables techniques et méthodologiques nécessaires à l’analyse de réseaux relatifs au matériel étudié.

Image:
Réseau des archevêques (rouge foncé), des évêques (rouge), des abbés et abbesses (vert) de la province ecclésiastique de Reims entre 1096 et 1124.
Le graphe généré par Gephi repose sur les occurrences de personnes dans les chartes émises par les archevêques de Reims Manassès II et Raoul le Verd et dans celles émises par les évêques Robert d’Arras, Lambert d’Arras et Barthélémy de Laon.
Taille des nœuds: nombre d’arêtes connectées (Degree, Valeurs: 1–58)
Épaisseur des arêtes: nombre de chartes avec occurrences communes (Valeurs: 1–15)